

Wagner - Das Rheingold (Bayreuth 1951/ Von Karajan)
P**7
Une reprise en beauté
Prologue d’une Tétralogie hélas incomplète au disque, cet enregistrement est néanmoins précieux. C’était la reprise du festival de Bayreuth, après-guerre. Karajan, qui n’était pas encore adoubé chef à vie de Berlin, dirigeait la Tétralogie et les Maîtres chanteurs, Knappertsbuch, l’autre session de la Tétralogie et Parsifal. De Karajan, on a aussi le Siegfried, et le 3ème acte de la Walkyrie, de la même année.Dès l’année suivante, Karajan et Wieland Wagner n’ayant pas les mêmes conceptions, Karajan finira par laisser la place, pour ne jamais revenir et investira Salzbourg. Son Tristan de 1952 est à connaître. Il réunit ici des chanteurs dont certains allaient rester dans le « Nouveau Bayreuth », sous différents chefs, dans cette décennie des années 50, et dont on a, à présent, la quasi-totalité des productions de la Tétralogie en disque.Nous avons ainsi Elisabeth Schwarzkopf en fille du Rhin, avec notamment Hertha Töpper, au beau contralto. Heinrich Pflanzl est un bon Alberich, il fut la même année Beckmesser, et cèdera bientôt la place à l’inusable Neidlinger. Idem pour le Wotan de Sigurd Björling, bon chanteur, au timbre clair et sonore et à la majesté requise pour le rôle, mais qui ne fit que passer cette année-là, le rôle allant ensuite être habité à tout jamais par Hans Hotter.La Fricka d’Ira Malaniuk est en voix, cette artiste autrichienne fit d’ailleurs de nombreuses apparitions à Bayreuth. Les 2 bâtisseurs costauds ont les voix énormes, mais pas assez différenciées, de Ludwig Weber et de Friedrich Dalberg, et le Loge de Walter Fritz a une belle voix, peut-être trop belle pour cet être si ambigu, qu’il chante comme si c’était le Walter des Maîtres. Le Mime de Paul Kuen est plus intéressant. Je en connaissais pas Ruth Siewert, elle « passe » bien dans la courte intervention d’Erda, mais n’a pas laissé un grand souvenir. Je passe sur les autres rôles, plus mineur, ainsi que sur ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la composition des spectateurs, six ans après l’effondrement du Reich.La restitution sonore est très correcte, les chanteurs sont un peu loin, l’orchestre aussi, mais finalement c’est équilibré, et, si l’on perçoit certains déplacements, on nous épargne les toussotements et le souffleur. Aucun commentaire, ni livret.Donc, une distribution solide, même si ce n’est pas la meilleure de cette décennie fabuleuse, une direction d’orchestre déjà enlevée, énergique et précise à la fois (superbes passages symphoniques : la descente chez les Nibelungen, la remontée, l’entrée des dieux au Walhalla…), une qualité sonore plus qu’acceptable, un moment historique, on est comblé.NB : nous avons au moins deux autres versions de l’Or du Rhin par Karajan : dans son intégrale de studio de 1969 et en DVD, en opéra-filmé à Salzbourg, en 1978, seul élément d’une Tétralogie avortée. Doit-on préciser que les deux sont plus qu’intéressants ?
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